Le souk d’Achoura de retour à Tanger – Un pont entre tradition et modernité
Lors de la première session ordinaire présidée par Abdelhamid Aberchan, suite à son élection à la présidence du Conseil provincial de Tanger-Médina, une décision marquante a été prononcée : le Conseil a donné son approbation à la renaissance du marché d’Achoura, un événement socio-économique majeur, destiné à raviver une tradition ancestrale profondément ancrée dans la mémoire collective de la ville.
Dans cette revitalisation, Tanger célèbre un retour symbolique à une tradition qui a façonné son identité culturelle et commerciale. L’histoire du marché d’Achoura à Tanger remonte à plusieurs décennies, lorsque ses marchandises s’étalaient sur la rue « Josaphat », connue pour la diversité de ses offres et son ambiance unique, reflet de l’esprit festif de l’occasion. Le souk avait lentement disparu au gré des transformations urbaines et des évolutions sociales, représentait bien plus qu’un simple lieu de négoce ; il incarnait un moment de partage et de convivialité, un pont entre les générations, et demeure l’une des traditions culturelles et commerciales les plus significatives, gravée dans le cœur de ses habitants.
L’Achoura, cette fête traditionnelle parée de coutumes variées selon les régions, prend une dimension particulière à Tanger, où elle était autrefois l’occasion d’un grand marché effervescent, où s’échangeaient denrées alimentaires, vêtements, objets artisanaux et autres trésors. Ce marché favorisait également le renforcement des liens sociaux, l’échange de savoir-faire, et la célébration de la richesse du patrimoine tangérois.
Le projet de relancer ce marché peut être perçu comme une potion revitalisante pour l’économie locale et l’âme de la ville, offrant un espace où tradition et modernité s’entrelacent. Ce retour aux sources pourrait aussi jouer un rôle crucial dans la préservation du patrimoine immatériel, tout en éveillant l’intérêt des habitants.
Dans un contexte où Tanger se métamorphose rapidement, le souk d’Achoura pourrait également se poser en modèle pour d’autres initiatives similaires dans d’autres cités marocaines, cherchant à préserver les traditions tout en s’inscrivant dans un cadre urbain en perpétuelle évolution.
La renaissance du marché d’Achoura a également des répercussions notables sur le tourisme à Tanger. En attirant des visiteurs de divers horizons, cet événement devient un véritable atout pour promouvoir la ville comme une destination culturelle et authentique.
LA FÊTE D’ACHOURA
Fête tant attendue par les petits comme par les grands, Achoura représente généralement une période de prospérité pour les commerçants. Les familles célèbrent cette fête chaque année le dixième jour de Mouharram, en jeûnant et en servant de la « Fakia », assortiment composé de divers fruits secs tels que les amandes, les noix, les figues, les dattes et les sucreries traditionnelles, en plus bien évidemment le feqqas.
Aux filles, on offre des tambourins et des poupées, et aux garçons des pistolets et des pétards. Tout le monde sort dehors, notamment dans les quartiers populaires, pour fêter cette nuit mémorable. Les filles en scandant des chants traditionnels et les garçons en allumant feux et pétards.
Pendant cette période de fête, le marché d’Achoura déborde de jouets traditionnels tels que les tam-tams (Taârija, Bandir), poupées, pistolets et peluches. Les vendeurs ambulants profitent de cette fête pour écouler leurs trésors à des prix abordables. Les enfants, en particulier les filles âgées de 10 à 13 ans, s’amusent avec les tam-tams dans les rues, tandis que les garçons, attirés par les pistolets et les voitures, participent à la tradition de la « Chouâlla », consistant à allumer des feux de camp et à faire exploser des pétards, bien que cette pratique s’efface peu à peu en raison des risques pour la santé et l’environnement, bien que le gouvernement ait interdit la vente de pétards. Une autre coutume, le « Zem Zem », où les enfants arrosent joyeusement les passants, est également en déclin.
Au cimetière, l’atmosphère se teinte d’une dualité à la fois recueillie et festive. Les zaouias, lieux de recueillement, sont également pris d’assaut, où des bougies dansent autour des tombes des vénérables marabouts. Le rite le plus emblématique repose sur la visite des familles aux cimetières, un élément central de la Achoura. Ces lieux de repos s’animent, envahis par des foules joyeuses, accompagnées de nombreux enfants espiègles. Les gardiens du cimetière et les mendiants, quant à eux, s’apprêtent à vivre l’une de leurs journées les plus vivantes, attirant des visiteurs en quête d’offrir du pain et des figues sèches. En ce jour mémorable, les tombes seront embellies d’un éclat de chaux blanche.
Et bien sûr, dans ce festin de couleurs et de traditions, aucune célébration au Maroc ne serait complète sans les mains ornées de henné, alors les henayates sont de la partie !



