Qui se souvient encore des anciens de cinémas de Tanger qui ont marqué l’histoire culturelle de la ville ?
L’histoire des anciens cinémas de Tanger remonte à l’époque de son statut international, quand la ville était l’une des capitales les plus cinéphiles d’Afrique, comptant jusqu’à 14 salles majeures. Si l’avènement du streaming et de la vidéo a plongé ce patrimoine architectural exceptionnel dans une crise profonde, la nostalgie reste intacte. Aujourd’hui, le paysage urbain tangérois se redessine. Entre projets culturels ambitieux, rénovations modernes et reconversions commerciales, retour sur ces édifices mythiques qui ont fait vibrer des générations de spectateurs.
Les salles fermées ou transformées parmi les anciens cinémas de Tanger
Pour de nombreux habitants, évoquer les anciens cinémas de Tanger réveille des souvenirs impérissables : l’odeur du pop-corn, le ronronnement des projecteurs à bobines et l’effervescence des sorties dominicales. Avant d’évoquer la renaissance culturelle de la ville, il est essentiel de rappeler aux lecteurs ces édifices d’époque, aujourd’hui figés dans le temps ou réinventés par le commerce moderne.
- Le Cinéma Vox (1935) : Plus grand cinéma d’Afrique à son époque avec ses 2 000 places et son toit rétractable unique, ce géant situé près de la place du Petit Socco reste aujourd’hui totalement fermé et muré au cœur de la vieille médina.
- Le Capitole (années 1920) : Situé rue d’Italie, cet éternel vis-à-vis de l’Alcazar a définitivement disparu du paysage urbain. Pourtant, il reste gravé dans les mémoires grâce à l’expression populaire « CasarCapitol » (ou CazarCapitol). Loin d’être une invention commerciale de leur célèbre propriétaire, l’exploitant M. Cohen, ce mot-valise unique a été entièrement forgé par les Tangérois eux-mêmes. Dans le langage de la rue, cette contraction fusionnait les deux salles en une seule entité géographique et culturelle. Aller au « CasarCapitol », c’était s’offrir une immersion totale dans l’effervescence de la jeunesse tangéroise des années 1950 à 1970, s’installer sur des chaises en bois inconfortables, et vibrer en communauté devant des westerns à petit prix au milieu des bruits de bouteilles de limonade.
- Le Cinéma Paris : Situé au 11, rue de Fès (à l’angle de la rue du Mexique), ce haut lieu de la cinéphilie qui projetait autrefois de grands succès français et internationaux n’a pas été démoli. Sa salle a simplement fermé ses portes, laissant son enveloppe architecturale extérieure témoigner en silence de son passé glorieux.
- Le Cinéma Lux (1956) : Cette salle moderne et élégante, érigée elle aussi par M. Cohen en plein centre-ville, était très prisée pour son confort. Elle a définitivement cessé ses activités cinématographiques pour connaître une mutation radicale : le bâtiment a été transformé en un centre commercial aujourd’hui très fréquenté par les locaux, le Lux Mall.
La renaissance et la rénovation des anciens cinémas de Tanger
Heureusement, le fil de l’histoire ne s’est pas totalement brisé. Grâce à la mobilisation d’artistes, d’institutions et de grands réseaux d’exploitation privés, plusieurs structures qui faisaient la renommée des anciens cinémas de Tanger reprennent vie et réintègrent avec brio le circuit culturel de la ville du Détroit.
La métamorphose des salles historiques en multiplexes
- Le Megarama Goya (Ancien Cinéma Goya) : Autrefois gloire architecturale hors de la médina, cette salle mythique a été sauvée et entièrement transformée par le groupe Megarama. Rebaptisé Megarama Goya, le complexe dispose de trois salles modernes, dont le plus grand écran de Tanger, équipé pour les projections numériques et 3D.
- Le Cinéma Mauritania (En cours de réhabilitation) : Ce monument classé, situé rue Mohamed Abdou dans l’ancien quartier européen, s’apprête à entamer un nouveau chapitre. Racheté par le groupe CinéAtlas, le lieu fait l’objet d’un très important chantier de rénovation. Le projet vise à le métamorphoser en un multiplexe premium de 5 salles, complété par un restaurant et un club de jazz sous les toits. Toujours en travaux, le site ouvrira prochainement ses portes au public.

Des espaces culturels au cœur de la ville
- Le Cinéma Rif (Cinémathèque de Tanger) : Érigé en 1938 sur la place du Grand Socco, il a été sauvé en 2004 par un collectif d’artistes mené par la photographe Yto Barrada. Divisé en deux salles (300 et 50 places), il abrite aujourd’hui un centre culturel dynamique avec des archives cinématographiques et un café associatif incontournable.
- Le Cinéma Alcazar (Le « Ciné Alcazar ») : Inaugurée en 1913 rue d’Italie, cette institution phare de la médina avait fermé ses portes en 1993. Après une réhabilitation minutieuse par la ville, elle a triomphalement rouvert au printemps 2022 sous gestion associative (Tanjaflam), alliant sa superbe façade historique à des équipements de pointe pour une programmation Art et Essai.
- Le Cinéma Roxy (1950) : Situé rue de Fès, ce chef-d’œuvre au style moderne a été entièrement rénové par un investisseur privé. En préservant son immense salle iconique et son cachet d’époque, le Roxy a rouvert pour accueillir le public en tant que cinéma et espace culturel polyvalent.
Faire vivre la mémoire pour éclairer l’avenir cinématographique de Tanger
Évoquer les cinémas d’époque de Tanger, ce n’est pas seulement feuilleter un album de souvenirs poussiéreux ; c’est raviver l’âme d’une ville cosmopolite qui a toujours vibré pour le septième art. Si la perte de salles mythiques comme le Vox ou le Capitole laisse un grand vide dans le cœur des nostalgiques, la métamorphose culturelle en cours prouve que Tanger refuse de voir ses projecteurs s’éteindre. En préservant les façades d’hier et en y installant les technologies d’aujourd’hui, la cité du Détroit réussit le pari de l’avenir. Ces édifices, qu’ils soient devenus des centres commerciaux, des cinémathèques ou des multiplexes modernes, restent les témoins éternels d’un âge d’or culturel que nous avons le devoir de transmettre aux nouvelles générations.

